Etre ou devenir, telle est la question ?

Théme n°: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

IBN-KHALDOUN (« Al-Mûqadima ») affirme : « Une population qui a vécu dans l’avilissement et la servitude ne peut créer une influence. En voici la raison : avilissement et servitude détruisent l’énergie d’une population et son instinct de groupe. Cet état d’abaissement est le signe que même chez elle cet instinct n’existe plus. Ne pouvant émerger de cet état de dégradation, elle n’a plus le courage de se défendre ; à plus forte raison elle est incapable de résister à ses adversaires ou d’élever contre eux des revendications ».

L’époque des dynasties habiles qui régnaient sur des peuples abrutis par l’ignorance ou le comportement cupide garde encore de beaux jours devant elle. Le musulman croyant et sincère ne peut qu’observer cet état de délabrement spirituel et moral. Un être qui patauge dans l’imaginaire civilisationnel et qui s’engouffre dans la réalité folklorique ne peut prétendre propager l’idéal de l’Islam.

On a beau écrire, discourir sur l’état actuel du musulman ; que ce soit pour que ce dernier s’agite dans le bon sens ou soit pour que le non-musulman à qui l’on doit justifier la présence du musulman sur terre pour qu’il le comprenne et qu’il l’excuse d’être là. Que de paroles, de verbiages, de papotages, de bla-bla, d’actions, de palabres interminables. En réalité, tout le monde s’en fiche y compris le principal intéressé le « musulman ». On est obligé actuellement de mettre ce dernier mot entre guillemet pour bien indiquer que c’est un terme qui a perdu son sens et qui ne veut plus rien dire. On l’utilise comme expression générique comme on exprimerait son appartenance à une région donnée.

L’instinct de groupe nécessaire pour refouler les attaques quotidiennes et pour se défendre reste dans une situation bien piteuse. Dès lors, si on n’en a pas suffisamment pour se soulever contre l’oppression, comment donc le musulman pourrait-il résister aux agressions ou faire valoir ses revendications ? C’est qu’alors il est emprisonné par son propre avilissement et cela est un obstacle infranchissable.

Lorsque les serviteurs des adversaires du musulman prennent conscience de ces vicissitudes, beaucoup d’entre eux brûlent d’envie de planter là leurs dignités, leurs consciences et de se libérer des liens qui les relient à l’Islam, en emportant ailleurs, avec eux les expériences et les éléments qu’ils ont amassés. Ils jugent qu’ils y seraient mieux et plus en sécurité, pour débourser leur acquis et jouir de ses fruits. C’est là une méprise grossière particulièrement nuisible à leur situation et à leur prétendue victoire. L’expérience montre que renoncer à une telle situation, après qu’on y soit difficilement parvenu, constitue une difficulté insurmontable.

L’excès de pouvoir tout comme celui de la nourriture stimulent dans les corps des sécrétions superflues et pernicieuses qui façonnent un embonpoint excessif. De là, l’engourdissement de l’esprit et l'apathie produisent un grave déséquilibre par rapport à la normale.

Tout comme des convertis qui recherchent les biens des deux mondes, les personnalités ou les « ambassadeurs » de l’Islam visent aux jouissances que procure l’absence d’adversités, et aux méthodes d’assouvir leur concupiscence ou leurs désirs de bien-être. L’égoïsme de leurs habitudes qui règle leur conduite est conforme à leurs genres de vie.

Parlons-en de ceux qui sont le moins rapprochés du courage, ils le sont presque tous. Ils se sont étalés sur des lits de repos et de tranquillité. Ils se sont plongés dans les illusions d’une satisfaction et d’une béatitude mesquine. Ils laissent à leur gourou et à qui les commande, le soin de défendre leurs personnes et leurs biens. Apaisés contre tous les dangers par les murailles chimériques qui les entourent, ils ne s‘alarment de rien. Libres de soucis, vivant dans une sécurité imaginaire parfaite, ils laissent après eux des héritiers qui leur ressemblent. A la charge des sultans peu scrupuleux, ils vivent dans un état d'indifférence et ceci a remplacé graduellement leurs dispositions naturelles et désintéressées.

Sous des associations ou groupements qui se maintiennent par des friponneries tant soit peu ésotériques, les « sujets » certainement, perdent tout courage : aliénés sans pouvoir résister, ils s’affalent dans un état d’humiliation permanente qui brise assurément leur énergie.

Des individus élevés dès leur prime jeunesse dans la crainte et la soumission ne compteront pas sur leur propre courage. Le syndrome du colonisé devient alors une tare génétique.

Les individus professant la foi musulmane vivant chacun de leur côté ne possèdent une dignité que dans un sens métaphorique ; bien qu’ils s’imaginent le contraire et qu’ils tentent d’accorder à leur prétention une nuance de crédibilité.

Le mal qu’on fait au musulman, les attaques qu’il subit, s’avèrent autant d’atteintes portées à soi-même qui alors veut s’interposer entre lui et les périls qui le menacent de destruction.

 

 

Nasr Eddine B.