Croire et agir |
Théme n°: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
«
lislam » se fonde sur la foi et laction, comme il est répété dans le
coran :
« ceux
qui croient et qui font le bien »
quelle
doit être la nature de ce bien ? comment sengager concrètement dans la bonne
voie ? A un compagnon qui lui demandait une recommandation, le prophète ( paix et
bénédiction sur lui) répondit : « Dis, je crois en Dieu puis suis la voie
droite, »cest à dire, fais le bien dans la mémoire de ta relation avec Dieu.
Si
ton action est liée à Dieu, ton intention est donc bonne et saine. Parfois, on assiste
à des dérives chez les musulmans : le phénomène est courant, trop courant même
chez les individus ou dans les associations islamiques. On finit par mettre en avant ce
que nous faisons et à ne pas considérer lintention des autres. Nous . nous
nallons pas analyser les autres associations ou les autres tendances dans la
qualité de leurs actions mais plutôt dans leurs échecs. On passe son temps à se
renvoyer la balle.
Si
pourtant vous faites le point dans tous les pays dEurope, et la France déroge pas
à cette règle, force vous est de reconnaître que « quelque chose » se
passe de positif, malgré tout. On voit poindre une lumière despoir et des signes
damélioration sont partout visibles. Certes, nous ne sommes pas parvenus à
lidéal, mais la route est ouverte. Pourtant, on ne sait par quel travers, on ne
cesse de voir des divisions dans notre communauté. Quelle est donc la raison de ces
divisions ? pourquoi ne parvenons-nous pas à nous respecter dans nos
différences ? y a-t-il donc une seule façon de faire le bien ?
Nous
avons déjà parlé de lexemple de Omar et de Abû bakr. Ils faisaient le bien tous
les deux mais ils avaient deux façons différentes de lexprimer ; par
ailleurs, celui-ci avait ses partisans et celui-là avait ses « frères de
tempérament » et qui jamais ne sinsultaient. On a certes le droit de ne pas
être daccord les uns avec les autres, mais on na pas le droit de
sinsulter. Nos intentions doivent rester sincères et nous devons chacun chercher
notre voie. Le plus important, cest finalement de savoir respecter celui qui
réfléchit dune autre façon. Daucuns pensent que le travail islamique,
partout dans le monde, cest essentiellement de la dawa ( prédication) et du
dhikr (rappel, recueillements et méditation). Il faut reconnaître la qualité de leur
travail et les encourager dans laction quil mène : en cela les frères
du Tabligh apportent une contribution importante aux besoin de notre communauté.
Dautre pensent quil faut des structures, une action sociale planifiée,
élaborer et approfondie : nul ne saurait contester le besoin urgent dun
travail de ce type et il faut donc lencourager de la même façon. Et nous pourrions
ainsi allonger la liste des complémentarités entre les associations décidées à
sengager pour le bien dans la
sérénité et hors de toute violence.
Reconnaissons
et multiplions les qualités de chacun des groupes de travail, de chaque association ou
autre structure plutôt que de sobserver en sapostrophant dans
laveuglement. Que de fois nai je entendu dire « attention, mon frère,
tu vas faire une conférence chez lui, il va donc falloir que tu fasse une conférence
chez tel autre, sinon il va penser que tu es avec
eux
» je vis cela au quotidien. Quest-ce donc cette mentalité ?
Où donc nous mène cette façon de travailler qui nous pousse aveuglement à mettre en
avant nos oppositions et, dans lélan ; à aller chercher les défauts des
autres. Permettez-moi de vous donner un petit conseil : que chacun dentre vous,
quelque association quil rencontre, quelle quelle soit, quelles que soient ses
opinions personnelles, que chacun prenne le temps de comprendre les objectifs et les
réalisations de ladite association ; et quil soblige à mettre en avant,
dabord et avant tout autres considérations, ce qui va dans le bon sens, ce qui est
utile, ce qui est approprié. Pour le reste, il verra plus tard et pourra apporter sa
contribution critique de façon constructive et fraternelle : en relevant un défaut
avec lespoir sincère du mieux, sans insulte ni agressivité.
Mettons
en avant, en évidence, sous les feux de
lobservation, ce que les frères et les surs font de bien. Nous travaillons
devant Dieu, nous ne travaillons pas les uns contre les autres. Certains soublient,
et parmi les plus âgés, dans les épreuves soublient
nous parlons des
associations ici en Europe, mais je peux vous parler des associations ou des partis dans
les pays majoritairement musulmans. Combien dentre vous étaient content, heureux de
voir qu au nom de il n y a de dieu que Dieu, le peuple afghan s est
levé contre loppresseur russe. Ils se sont opposés à lagression et se sont
défendus en vrais résistant. Observez donc le désastre aujourdhui ?
avez-vous vu ce qui est en train de se passer ? la défense des intérêts
particuliers a eu raison du souvenir de Dieu et lon en vient à sentre-tuer.
A
lheur où je vous parle , il ne se passe pas une heure sans quil ny
ait une roquette qui tombe sur kaboul. Des musulmans subissant, de la part des musulmans,
des exactions terribles
est-ce que ce nest pas là oublier lessence de
notre foi ?
Certes
sans comme mesure, les situations nétant bien sûr pas comparables, mais les
déchirements de nos regroupement associatifs sont issus du même travers, du même
défaut : les plus belles intentions dans les mots, mais la réalité est à
linsulte, à la critique et au dénigrement. Lautre, sil nest pas
avec nous, est contre nous et cela suffit à ne lui reconnaître aucune qualité. Nous
oublions la source et son chemin : ne nous a-t-on pas appris, devant Dieu, la
pondération, la douceur et le fait de trouver des excuses à son frère, à sa
sur : » qui cache les défauts dun croyant et dune
croyante en cette vie, Dieu cachera les siens ici-bas et dans
lau-delà »
Cest
une disposition qui illumine, qui fait rayonner, celui qui la possède. Cest une
disposition qui le pousse à aller chercher chez son frère ses qualités. Cest une
habitude à prendre pour ne pas saveugler.
Quand
vous rencontrez quelquun, nallez pas chercher ce quil fait de mal :
si vous lenviez dans le bien, cherchez à faire mieux que lui comme il est dit dans
le coran « Encouragez-vous au bien » « rivalisez donc de bonté »
cest bien, parce cela vous pousse à vouloir entre meilleur devant Dieu, en cela
cest une bonne disposition desprit et cest en ce sens quil faut
aller et non pas de transformer cet encouragement au bien en une lutte nourrie par la
jalousie. Nous narrêtons pas de dire : Dieu merci, nous navons pas de
clergé en islam, il est vrai quil ny a pas de clergé
mais ce que nous
considérons comme une qualité, nous le vivons comme un défaut : mettez trois
musulmans dans une pièce, et cest le début dun problème Telle est notre
réalité. Le problème est grave et important, au travers de cet état de fait, on
perçoit toutes les dérives de nos comportements et de nos insuffisances, ici ou
ailleurs.
« encouragez-vous
mutuellement à la piété et à la crainte de Dieu, et non pas à ladversité et à
la haine »
Travaillez
ensemble, voilà, un des problèmes
fondamentaux que nous avons et que nous devons régler. Et qui donc va pouvoir le régler
ce problème ?
Comment
est-ce que nous pouvons nous en sortir si chacun dentre nous ne revient pas à
lessentiel, à lexigence personnelle ? en parlant moins, beaucoup moins
. Cest là le problème des musulmans qui soublient et qui pourtant
devraient travailler davantage.
Tariq
Ramadan « lislam et les musulmans : grandeur et décadence dans le
quotidien de nos vie » édition Albouraq 1995.