compte rendu de la conférence du 19 décembre 1999 " Dieu ne change pas l'état d'un peuple tant que les individus ne change ceux qui est en eux même" par Larbi KECHAT

Dans la vie quotidienne, les musulmans ont souvent recours sans intelligence aucune à des formules comme « Allahghalb » ou « incha’allah » pour justifier la situation déplorable et malheureuse dans laquelle ils se trouvent. De cette manière ils ne reconnaissent pas leur responsabilité, qui est au premier abord la cause principale de leur état. « Dieu ne change point l’état d’un peuple tant que ses individus ne changent ceux qui est en eux-mêmes » Pensez le changement c’est avoir la certitude que l’homme ne doit jamais se réduire à un spectateur mais est tenu de s’ériger en acteur de sa propre  vie. Cessons de faire porter le chapeau au destin, certes le musulman croit au destin mais pas au sens d’immobilisme.

Qu’est ce qu’il faut changer, et par quoi commencer ? Avant toute action, il faut qu’il ait réflexion, c’est à dire que le musulman doit émettre un jugement sur lui-même pour savoir ce qu’il lui faut changer, à la lumière des orientations coraniques et prophétiques. La source du changement : l’âme. La sagesse de Dieu a voulu que cette âme soit l’image d’une pâte modelable dans le bien comme dans le mal ;on peut en faire une marche pour aller vers Dieu comme on peut en faire un obstacle qui nous empêche d’avancer. Elle est capable de construire mais aussi de détruire. Elle peut faire de la vie  une joyeuse aventure ou une vallée de larmes .Ce qui différencie un être humain d’un autre dépend de ce que chacun fait de cette âme. L’homme est lui seul le producteur de sa réussite ou de son échec. Le devoir qu’il a vis à vis de son âme est tazkia c’est à dire la purifier pour faciliter sa croissance ; son contraire est tadsia qui consiste à enfouir l’âme dans les marécages de l’ignorance et des passions. Lorsqu’un début de changement est opéré (même infime) il doit perdurer car l’islam n’est pas une mode c’est toute notre vie.

  Dieu nous a donné un champ et nous en sommes les cultivateurs. Ce champ accepte toutes les semences qu’elles soient un bienfait ou un méfait pour nous. De ce fait la mauvaise situation que nous vivons n’est pas une fatalité. Le destin , maktoub en arabe, est une notion islamique certes, mais il ne faut pas l’utiliser à toutes les sauces ; car Dieu nous a donné le libre-arbitre qui fait de nous les seuls responsables de notre comportement. Le discours des musulmans consiste à parler du changement en allant jusqu’à critiquer de façon si méticuleuse le comportement des autres qu’ils s’oublient eux-mêmes. Cette situation ne changera pas car nous continuons à en parler et des paroles non suivies d’actes n’opèrent aucun changement. Au delà des embrassades et des salamalèques interminables que se font les musulmans, la haine la médisance la jalousie le dénigrement prennent le dessus. Le messager de Dieu (S.A.W) a dit : « Il est impossible d’accéder à la droiture de la foi sans réaliser préalablement la droiture du cœur ; et il est impossible d’accéder à la droiture du cœur sans veiller à la droiture de la langue ». En effet si le cœur est pur la langue sera purifiée, mais si la langue est tranchante le cœur se noircira. La situation de chacun n’est pas une conséquence de nos belles paroles mais celle de nos actions . Ce n’est pas l’islam qui est difficile , c’est le mal qui nous ronge qui nous empêche d’appliquer. En parlant de nos misères nous clôturons souvent par nous demander pourquoi ; alors que Dieu nous explique clairement ceci : « Le bien qui t’atteint vient de Dieu, et le mal qui te touche vient de toi ».

 Aucun objet n’a de pouvoir sur le principe de la pesanteur , tout ce qui perd consistance tombe. L’homme lui s’avère capable de s’orienter dans le sens ascendant ou descendant , ce qui fait de lui le premier responsable du choix de sa demeure finale. L’homme est constitué de trois niveaux : au rez–de-chaussée se trouve l’âme animal (Nafs), au premier étage le cœur (Qalb), et au deuxième étage l’esprit (Rouh). Le cœur est entre l’esprit et l’âme, entre la puissance du libertinage et de la perdition et celle de la spiritualité. Chacun cherche à posséder le cœur ;la situation de l’homme dépend de l’issue de cette guerre entre l’âme et l’esprit. Lorsque vous vous demandez pourquoi telle ou telle chose vous arrive , au lieu de prendre en compte les facteurs extérieurs, cherchons à l’intérieur de nous mêmes. L’exemple de Qaroun (cousin de Moïse) nous montre que le changement doit être opéré dans l’espace l’intérieur. Ce dernier était très fortuné. Et on lui a demandé d’avoir sa part d’ici-bas mais de ne pas oublier celle de l’au-delà. Lui répondait : « Tout ce que j’ai je le doit à ma science , mon intelligence, et ma force ». Les biens l’ont aveuglés car son cœur s’est ouvert vers le bas. Quant à Salomon submergé par les bienfaits de Dieu, ne l’a pas oublié . Il considérait cela comme une faveur de son Seigneur qui par sagesse peut nous éprouver dans le bien comme dans le mal. Ou bien la vie est facilité , ou bien elle est adversité, mais dans les deux cas Dieu ne nous veut que du bien , le mal qui nous ronge vient de nos cœurs. En résumé, l’islam consiste en deux choses : se vider de tout ce qui déplait à Dieu pour ensuite se parer de tout ce qui plait à Dieu. Et selon l’état du cœur de chacun , le changement est impératif si l’on veut réaliser ces deux étapes. Quant au premier pas vers le changement c’est celui du cœur qui (s’il est purifié) fera épanouir nos paroles et nos actions dans la beauté, la bonté , la vérité et l’utilité. N’oubliez jamais que le salut de votre âme dépend de la pureté de votre cœur.